1535La Bible d’Olivétan

Parcours compagnon · quatrième volet

Lire l’Évangile dans la première Bible française.

En juin 1535, à Neuchâtel, sort de presse une Bible entière traduite en français sur l’hébreu et le grec. Son traducteur, Pierre Robert dit Olivétan, a trente ans. Ce parcours vous fait lire son texte tel qu’il fut imprimé, face à la version Segond que nous connaissons, et raconte ce qui s’est joué dans cette traduction.

Jean 3, 16 — tel qu’il s’imprime en 1535, puis tel qu’on le lit en 1910.

Avant de commencer · 2 minutes

QuiPierre Robert, dit Olivétan

Né à Noyon vers 1506, cousin de Jean Calvin, maître d’école, hébraïsant et helléniste. Mort en Italie en 1538.

QuandAchevée d’imprimer le 4 juin 1535

Décidée au synode vaudois de Chanforan (septembre 1532), traduite en un peu plus d’un an.

Neuchâtel, chez Pierre de Vingle

Un imprimeur picard réfugié, installé à Serrières, au bord du lac, dans une ville passée à la Réforme en 1530.

QuoiUn in-folio, deux colonnes, gothique

Ancien Testament sur l’hébreu, Nouveau sur le grec, apocryphes mis à part, préfaces de Calvin et d’Olivétan.

Les trois niveaux s’ajoutent ; le navigateur retient votre choix. Les mots soulignés en pointillé dans les textes anciens s’expliquent au survol ou au clic.

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Étape 1Une Bible, une date, un lieu.

Au début des années 1530, les vallées vaudoises du Piémont abritent depuis trois siècles des communautés qui lisent l’Écriture en langue vulgaire et se méfient de Rome. Quand elles rencontrent les réformateurs venus de Suisse, une décision est prise : donner au peuple une Bible complète en français, traduite non plus du latin de la Vulgate mais des langues dans lesquelles elle a été écrite.

  1. Septembre 1532Chanforan

    Le synode vaudois, en présence de Guillaume Farel, décide de faire traduire la Bible et d’en financer l’impression.

  2. 1534Un an de travail

    Olivétan traduit l’Ancien Testament sur l’hébreu et révise sur le grec le Nouveau Testament de Lefèvre d’Étaples (1523).

  3. 4 juin 1535Serrières, Neuchâtel

    Pierre de Vingle achève l’impression : un grand in-folio en caractères gothiques, sur deux colonnes.

  4. 1535 et aprèsUne lignée

    Révisée à Genève dès 1540, la « Bible d’Olivétan » devient la souche de toutes les Bibles protestantes françaises.

Ce que le lecteur de 1535 tenait entre les mains

Un livre lourd, imprimé dans la lettre gothique dite bâtarde, sans numéros de versets (ils n’existent pas encore), avec des lettres A, B, C, D dans la marge pour se repérer dans le chapitre. En tête, une lettre latine de Jean Calvin aux princes et aux peuples, une adresse en français « à tous amateurs de Jésus-Christ et de son Évangile », et l’Apologie du translateur, où Olivétan explique ses choix et signe d’un nom hébreu masqué, Belisem de Belimakom, « Sans-nom de Sans-lieu ».

Le titre annonce le programme : « La Bible, qui est toute la saincte Escripture, en laquelle sont contenus le Vieil Testament et le Nouveau, translatez en françoys : le Vieil de l’hébrieu et le Nouveau du grec. » C’est la première fois qu’une Bible française complète peut le dire.

Pourquoi cela compte pour nos Églises. Toutes les familles protestantes et évangéliques francophones ont un point commun avant d’avoir des différences : une Bible lue en français, dans une traduction faite sur les originaux. Ce geste de 1535 précède les confessions de foi, les synodes et les dénominations. Il est le premier acte de l’histoire racontée dans le dossier D’où viennent nos Églises protestantes ?
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Étape 2Lire huit passages, tels qu’ils furent imprimés.

À gauche, le texte d’Olivétan dans son orthographe de 1535 (le s long, les abréviations et les u/v ont été normalisés, la barre oblique de l’imprimé est rendue par une virgule, rien d’autre). À droite, la version Louis Segond de 1910. Les mots soulignés s’expliquent au survol. Prenez le temps de lire à voix haute : le français de 1535 se comprend mieux à l’oreille qu’à l’œil.

Affichage :

Jean 1, 1-5 — La Parole

Le prologue de Jean, où « la Parole » traduit le grec logos. Olivétan choisit « parolle », mot qu'on retrouvera dans toute la tradition genevoise.

Olivétan 1535 orthographe d'époqueSegond 1910
1

Au commencement estoit la parolle, et la parolle estoit avec Dieu: et Dieu estoit la parolle.

Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.

2

Icelle estoit au commencement avec Dieu.

Elle était au commencement avec Dieu.

3

Toutes choses ont este faictes par icelle: et sans icelle rien na este faict, de ce qui est faict.

Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.

4

En icelle estoit la vie: et la vie estoit la lumiere des hommes,

En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

5

et la lumiere luyt es tenebres, et les tenebres ne lont pas comprinse.

La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.

Textes lus sur le serveur biblique de l'auteur : OLIV1535 (transcription 2022 relue, orthographe conservée) et FRLSG (Segond 1910).

Jean 3, 16-17 — Le verset le plus connu

Le verset que des générations ont appris par cœur, tel qu'un lecteur de 1535 le découvrait en français.

Olivétan 1535 orthographe d'époqueSegond 1910
16

Car Dieu a tellement ayme le monde, quil a donne son seul seul filz: affin que quiconque croit en luy, ne perisse: mais quil ayt vie eternelle.

Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.

17

Car Dieu na pas envoye son filz au monde, pour condemner le monde: mais affin que le monde soit par luy sauve.

Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Textes lus sur le serveur biblique de l'auteur : OLIV1535 (transcription 2022 relue, orthographe conservée) et FRLSG (Segond 1910) · voir la page de 1535.

Matthieu 5, 3-10 — Les Béatitudes

Huit « Bienheureux » qui ouvrent le Sermon sur la montagne. Olivétan écrit « Bienheureux sont… » là où Segond condense en « Heureux… ».

Olivétan 1535 orthographe d'époqueSegond 1910
3

Bienheureux sont les paovres desperit, car le royaume des cieulx est a eulx.

Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux!

4

Bienheureux sont ceulx qui pleurent, car ilz seront consolez.

Heureux les affligés, car ils seront consolés!

5

Bienheureux sont les debonnaires, car ilz possederont la terre.

Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre!

6

Bienheureux sont ceulx qui ont faim et soif de justice, car ilz seront saoulez.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés!

7

Bienheureux sont les misericordieux, car ilz obtiendront misericorde.

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde!

8

Bienheureux sont ceulx qui sont netz de coeur, car ilz verront Dieu.

Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu!

9

Bienheureux sont les paisibles, car ilz seront appellez filz de Dieu.

Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu!

10

Bienheureux sont ceulx qui souffrent persecution pour justice, car le royaume des cieulx est a eulx.

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux!

Textes lus sur le serveur biblique de l'auteur : OLIV1535 (transcription 2022 relue, orthographe conservée) et FRLSG (Segond 1910).

Matthieu 6, 9-13 — Le Notre Père

La prière enseignée par Jésus, dans le français que les premiers protestants francophones ont récité.

Olivétan 1535 orthographe d'époqueSegond 1910
9

Vous donc priez ainsi: Nostre pere qui es es cieulx, ton nom soit sanctifie.

Voici donc comment vous devez prier: Notre Père qui es aux cieux! Que ton nom soit sanctifié;

10

Ton royaume advienne. Ta volunte soit faicte, ainsi en la terre comme au ciel.

que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

11

Donne nous aujourdhuy nostre pain quotidien.

Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien;

12

Et nous quicte noz debtes, comme aussi nous quictons a ceulx qui nous doibvent.

pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés;

13

Et ne nous induitz point en tentation: mais delivre nous du mauvais. Car a toy est le royaume, et la puissance, et la gloire, a tousjoursmais. Amen.

ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen!

Textes lus sur le serveur biblique de l'auteur : OLIV1535 (transcription 2022 relue, orthographe conservée) et FRLSG (Segond 1910).

Luc 2, 8-14 — La nuit de Noël

L'annonce aux bergers. Le vocabulaire de 1535 est celui d'un monde rural et chevaleresque.

Olivétan 1535 orthographe d'époqueSegond 1910
8

Et les pasteurs en ceste mesme region estoient veillans et gardans les veilles de la nuict sus leur troppeau.

Il y avait, dans cette même contrée, des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux.

9

Et voicy, lange du Seigneur qui sarresta aupres de eulx: et la clarte de Dieu resplendit autour de eulx, et craingnirent de grand crainte.

Et voici, un ange du Seigneur leur apparut, et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux. Ils furent saisis d’une grande frayeur.

10

Lange leur dist: Ne craignez point: car voicy je vous annonce grand joye, laquelle sera a tout le peuple:

Mais l’ange leur dit: Ne craignez point; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie:

11

car au jourdhuy vous est nay le sauveur qui est Christ le Seigneur, en la cite de David.

c’est qu’aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur.

12

Et ce vous sera pour signe: vous trouverez ung enfant enuelloppe de bendelettes, et mis en la creiche.

Et voici à quel signe vous le reconnaîtrez: vous trouverez un enfant emmailloté et couché dans une crèche.

13

Et incontinent avec lange fut une multitude de chevalerie celeste louans Dieu, et disans:

Et soudain il se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu et disant:

14

Gloire soit a Dieu es lieux treshaultz: et en terre paix, aux hommes bonne volunte.

Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée!

Textes lus sur le serveur biblique de l'auteur : OLIV1535 (transcription 2022 relue, orthographe conservée) et FRLSG (Segond 1910).

Luc 15, 17-24 — Le retour du fils

Le cœur de la parabole du fils prodigue. C'est ici que l'on voit le mieux la vigueur du français d'Olivétan.

Olivétan 1535 orthographe d'époqueSegond 1910
17

Dont estant revenu a soymesme, dist: Combien de mercenaires y a il en la maison de mon pere qui ont abondance de pains, et moy je pery de faim?

Étant rentré en lui-même, il se dit: Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim!

18

Je me leveray, et men iray a mon pere, et luy diray: Mon pere jay peche au ciel et devant toy:

Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai: Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi,

19

et ne suis point maintenant digne destre appelle ton filz: fais moy comme ung de tes mercenaires.

je ne suis plus digne d’être appelé ton fils; traite-moi comme l’un de tes mercenaires.

20

Lors se leva, et vint a son pere. Et comme il estoit encore loing, son pere le veit: et fut meu de conpassion: et accouru et cheut sur le col diceluy, et le baisa.

Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa.

21

Et le filz luy dist: Mon pere jay peche contre le ciel et devant toy: et ne suis point maintenant digne destre appelle ton filz.

Le fils lui dit: Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.

22

Et le pere dist a ses serviteurs: Apportez la robbe longue premiere, et le vestez: et luy donnez ung aneau en sa main, et des souliers en ses piedz.

Mais le père dit à ses serviteurs: Apportez vite la plus belle robe, et l’en revêtez; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds.

23

Et amenez ung veau gras, et le tuez, et le mangeons et menons joye:

Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous;

24

car cestuy mon filz estoit mort, et est retourne a vie: il estoit perdu, mais il est retrouve. Et commencerent a mener joye.

car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir.

Textes lus sur le serveur biblique de l'auteur : OLIV1535 (transcription 2022 relue, orthographe conservée) et FRLSG (Segond 1910).

Romains 3, 21-24 — Justifiés gratuitement

Le passage qui a nourri la Réforme : la justice de Dieu reçue par la foi. On lit ici le vocabulaire théologique en train de se fixer en français.

Olivétan 1535 orthographe d'époqueSegond 1910
21

Et maintenant la justice de Dieu est manifestee sans la loy: tesmoingnee par la loy et par les prophetes.

Mais maintenant, sans la loi est manifestée la justice de Dieu, à laquelle rendent témoignage la loi et les prophètes,

22

Et la justice de Dieu, est par la foy de Jesus christ a tous, et sur tous qui croyent. Certes il nya nulle difference:

justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ pour tous ceux qui croient. Il n’y a point de distinction.

23

car tous ont peche, et ont besoing de la gloire de Dieu,

Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu;

24

justifiez liberalement, par la grace diceluy: par la redenption, laquelle est en Jesus Christ:

et ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ.

Textes lus sur le serveur biblique de l'auteur : OLIV1535 (transcription 2022 relue, orthographe conservée) et FRLSG (Segond 1910).

Éphésiens 2, 8-10 — Sauvés de grâce

Trois versets qui résument la doctrine du salut par grâce ; à lire en écho au parcours « La grâce ».

Olivétan 1535 orthographe d'époqueSegond 1910
8

Certes vous estes sauvez de grace, par la foy, et ce non point de vous. Ce est don de Dieu,

Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.

9

non point par oeuvres, affin que nul ne se glorifie.

Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie.

10

Car nous sommes son oeuvre creez en Jesus Christ, a bonnes oeuvres, lesquelles Dieu a prepare, affin que nous cheminions en icelles.

Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions.

Textes lus sur le serveur biblique de l'auteur : OLIV1535 (transcription 2022 relue, orthographe conservée) et FRLSG (Segond 1910).

Comprendre

Étape 3Ce qui change en 1535.

Il existait déjà des Bibles en français : la Bible historiale médiévale, puis, en 1530, la Bible complète de Lefèvre d’Étaples imprimée à Anvers. Mais toutes traduisaient le latin de la Vulgate. Olivétan fait six choses nouvelles, et presque toutes seront reprises par les Bibles protestantes qui suivront.

1. Traduire sur l’hébreu et le grec

L’Ancien Testament est rendu depuis le texte hébreu massorétique ; le Nouveau, depuis le grec édité par Érasme (1516-1522), l’ancêtre du « texte reçu ». La Vulgate ne sert plus que de témoin.

2. Mettre les apocryphes à part

Les livres que l’hébreu ne contient pas (Tobie, Judith, Sagesse, Maccabées…) sont regroupés dans une section séparée entre les deux Testaments, avec un avertissement. Les Bibles protestantes garderont ce principe, puis les retireront.

3. Écrire les noms à l’hébraïque

Izahak, Jakob, Jehudah, Moseh, Eliah, Jehosaphat : Olivétan transcrit les noms propres selon l’hébreu. Les révisions genevoises reviendront peu à peu aux formes usuelles (Isaac, Jacob, Moïse), mais l’idée demeure : remonter à la source.

4. Dire « le Seigneur », en attendant « l’Éternel »

Pour le nom divin de l’Ancien Testament, Olivétan écrit le plus souvent « le Seigneur », et par endroits « l’Éternel ». C’est dans la lignée de sa Bible, à Genève, que « l’Éternel » s’imposera jusqu’à Segond.

5. Expliquer en marge

Des notes brèves signalent les autres lectures possibles (« aucuns : vent dangereux », en marge du Psaume 91) et renvoient aux passages parallèles. Le lecteur est traité comme quelqu’un qui peut juger.

6. Rendre compte de ses choix

L’Apologie du translateur décrit la méthode : suivre l’hébreu et le grec, expliquer les mots difficiles, ne pas farder le texte. Le traducteur se présente comme un ouvrier faillible qui attend d’être corrigé.

Une nuance à garder. Olivétan n’a pas tout traduit à neuf. Pour le Nouveau Testament, il part de la version de Lefèvre d’Étaples et la corrige sur le grec ; c’est pourquoi bien des phrases sonnent déjà comme celles de 1523. Sa vraie nouveauté est l’Ancien Testament, traduit sur l’hébreu, et le principe d’ensemble.
Comprendre

Étape 4De 1535 à Segond : une seule lignée.

La Bible d’Olivétan n’a pas été rééditée telle quelle très longtemps : elle a été révisée, presque sans interruption, pendant trois siècles et demi. Chaque étape corrige la précédente sans repartir de zéro. C’est ce qui fait qu’un lecteur de Segond lit encore, sans le savoir, des tournures de 1535.

  1. 1535Olivétan, Neuchâtel. La souche.
  2. 1540« Bible de l’Épée », Genève, Jean Girard : caractères romains, premières retouches.
  3. 1546 · 1551Révisions genevoises auxquelles Calvin met la main.
  4. 1551 · 1553Robert Estienne numérote les versets : la lecture par référence devient possible.
  5. 1560 · 1588La « Bible de Genève », revue par les pasteurs (Bèze, Goulart) : « l’Éternel » se généralise.
  6. 1707David Martin, Amsterdam : la révision des Églises du Refuge.
  7. 1744Jean-Frédéric Ostervald, Neuchâtel : la Bible des protestants français jusqu’au XIXe siècle.
  8. 1880 · 1910Louis Segond traduit à neuf sur les originaux, dans la même tradition ; la révision de 1910 est celle lue ici.

Ce que la lignée conserve

Le vocabulaire théologique s’est fixé tôt : « justifier », « rédemption », « grâce », « la Parole », « l’Évangile » sont déjà là en 1535. La numérotation des versets, ajoutée en 1553, a rendu possibles les concordances, les catéchismes et l’étude personnelle. Et l’habitude de traduire sur les originaux, rappelée à chaque révision, a fini par produire une traduction entièrement nouvelle, celle de Segond, qui reste fidèle à l’esprit de 1535 tout en changeant presque chaque phrase.

Approfondir

Étape 5Déchiffrer l’imprimé de 1535.

Lire la Bible d’Olivétan dans l’original demande un petit apprentissage : la lettre gothique bâtarde, le s long, les abréviations héritées des manuscrits et une ponctuation qui n’est pas la nôtre. Voici, à gauche, ce qu’une machine lit sur le scan du Psaume 91 (reconnaissance de caractères brute) et, à droite, le texte établi.

Pſalme. vcj.
£lupå habtte es lieup ſecretz du Treſſou
uetain / x demenre en födre du Toutput
gt dit au Seigmõ Dien eft mö efperäce
c mon dõgeon / ie me confierap en ſup.
Car tcelup te deſturera du lacz du veneur / et de la
peſte dangereuſe.
t te couuxira de ſes plumes / et ſeras aſſeure ſoubʒ
fee aiſles / duquel la fidelite eſt comme vng eſcuſſon et
Ine rondelle.

Psalme xcj.
Celuy qui habite es lieux secretz du Tressouverain, et demeure en l’ombre du Toutpuissant, il dit au Seigneur : mon Dieu est mon esperance et mon dongeon, je me confieray en luy. Car iceluy te delivrera du lacz du veneur, et de la peste dangereuse. Il te couvrira de ses plumes, et seras asseuré soubz ses aisles ; duquel la fidelité est comme ung escusson et une rondelle.

Les signes à connaître

  • ſle s long, en début et milieu de mot : « eſperance » = esperance
  • u / v · i / june seule lettre pour deux sons : « vng » = ung, « ie » = je, « couurira » = couvrira
  • ẽ ã õle tilde remplace un n ou un m : « hõme » = homme, « eſperãce » = esperance
  • /la barre oblique tient lieu de virgule
  • ꝛ · ꝓ · ꝑlettres abrégées des manuscrits : r rond, « pro », « par »
  • A B C Dlettres de marge pour se repérer dans le chapitre, avant les versets
  • quon · lombrepas d’apostrophe : les élisions s’écrivent d’un seul tenant
  • Lettrinela grande initiale ornée fait souvent disparaître les premières lettres à la lecture automatique

Le Psaume 91 en 1535

L’Ancien Testament d’Olivétan n’est pas encore dans le serveur biblique de l’auteur ; ce psaume a été transcrit directement sur le scan de 1535, puis contrôlé sur l’édition de 1540. Les numéros de versets sont ajoutés pour la lecture.

Psaume 91 — « Celuy qui habite es lieux secretz »

Le psaume de la confiance, dans le français de Neuchâtel.

1

Celuy qui habite es lieux secretz du Tressouverain, et demeure en l'ombre du Toutpuissant,

2

il dit au Seigneur : mon Dieu est mon esperance et mon dongeon, je me confieray en luy.

3

Car iceluy te delivrera du lacz du veneur, et de la peste dangereuse.

4

Il te couvrira de ses plumes, et seras asseuré soubz ses aisles ; duquel la fidelité est comme ung escusson et une rondelle.

5

Tu ne craindras point ce qui espouante de nuict, ne la flesche volante de jour,

6

ne la peste cheminant en l'obscurité, ne la maladie soubdaine qui degaste au midy.

7

Mille cherront a ton costé senestre, et dix mille a ta dextre, affin qu'on ne puisse approcher jusque a toy.

8

Mais tu contempleras de tes yeulx, et regarderas la retribution des meschans.

9

Car, Seigneur, tu es mon esperance ; tu as mis ton hault manoir pour ta retraicte.

10

Mal ne te adviendra point, et playe ne se approchera point de ton tabernacle.

11

Car il a commandé a ses anges de te garder en toutes tes voyes.

12

Ilz te porteront en leurs mains, affin que tu ne hurte ton pied contre la pierre.

13

Tu marcheras sur le lyon et l'aspic, et foulleras le leonceau et le dragon.

14

Car il a mis son amour en moy, et pource je le delivreray et le deffendray, car il a congneu mon nom.

15

Il me appellera et je luy respondray ; je seray avec luy en tribulation ; je le secoureray et glorifieray.

16

Je le rempliray de longue vie, et luy monstreray mon salut.

Transcription établie sur le fac-similé e-rara (Bibliothèque de Genève, Bb 542) et l’OCR de l’édition de 1540 ; orthographe conservée, s long, u/v, i/j et abréviations résolus, apostrophes ajoutées.

Approfondir

Étape 6Comment le texte de ce parcours a été établi.

Aucune édition moderne complète de la Bible d’Olivétan n’existe. Les textes lus ici viennent de trois sources, dont les limites sont dites clairement, comme le fait le serveur biblique de l’auteur à chaque lecture.

Trois sources

  • Le fac-similé de 1535 — exemplaire de la Bibliothèque de Genève (Bb 542) numérisé par e-rara, et exemplaire de la Bibliothèque nationale de France sur Gallica. C’est l’autorité : tout se vérifie sur la page imprimée.
  • Une transcription du Nouveau Testament (2022) — travail du projet « nouveautestament » (GitHub), aligné sur la numérotation moderne des versets, non entièrement relu sur les scans. C’est le texte servi sous le code OLIV1535 par le serveur biblique de l’auteur, pour les 27 livres du Nouveau Testament.
  • L’édition de 1540, dite « Bible de l’Épée » — même traduction en caractères romains, numérisée par Internet Archive : elle sert de témoin pour trancher les passages douteux.

Ce qui a été fait, et pas fait

La transcription de 2022 a reçu, en septembre 2026, une relecture limitée aux coquilles évidentes : mots coupés par un saut de ligne de l’imprimé et recopiés tels quels (« sacri ficateurs »), lettres substituées (« paralle » pour « parolle »), derniers versets de chapitre fusionnés dans le précédent. Chaque correction, 442 en tout, est consignée dans le fichier de données avec le texte avant et après. L’orthographe, la ponctuation et l’ordre des mots n’ont pas été touchés. Deux versets absents du corps du texte imprimé ont été laissés vides et signalés (Marc 11, 26 et Luc 17, 36, contrôlés sur le scan).

Limite. Ce texte est une transcription de travail, pas une édition critique. Pour citer la Bible d’Olivétan dans un travail savant, il faut revenir au fac-similé et indiquer le feuillet. Le serveur biblique le rappelle à chaque lecture, et ce parcours ne prétend pas mieux.

Vérifier par soi-même

Chaque passage de l’étape 2 peut être relu sur le scan. Pour Jean 3, 16, la page est reliée directement ; pour les autres, le fac-similé e-rara se feuillette par livre. Les lecteurs qui disposent du serveur biblique peuvent demander n’importe quel passage du Nouveau Testament avec le code OLIV1535, le comparer aux cinq traductions modernes et au grec.

Pour finirQuestions fréquentes.

Est-ce vraiment la première Bible en français ?

Non, si l’on compte les traductions médiévales (la Bible historiale de Guyart des Moulins, vers 1295) et la Bible de Lefèvre d’Étaples (Anvers, 1530). Oui, si l’on parle de la première Bible française complète traduite sur l’hébreu et le grec, et de la première Bible protestante en français. Les deux affirmations sont vraies, il suffit de préciser laquelle on fait.

Pourquoi « Olivétan » ?

Pierre Robert reçoit ce surnom, selon la tradition, à cause de l’huile de la lampe qu’il brûlait en travaillant tard (oleum, l’huile). Il signe lui-même ses préfaces de pseudonymes hébraïsants. Le nom « Bible d’Olivétan » est celui que l’histoire lui a donné.

Où est « l’Éternel » ?

Dans les psaumes lus ici, Olivétan écrit « le Seigneur ». Le mot « l’Éternel » apparaît chez lui par endroits, mais c’est la Bible de Genève, à partir de 1560, qui l’adopte systématiquement pour rendre le nom divin YHWH ; Segond le conserve. Dire qu’Olivétan a « inventé l’Éternel » est donc un raccourci : il a ouvert la voie, Genève a tranché.

Pourquoi n’y a-t-il pas de numéros de versets ?

Parce qu’ils n’existent pas encore. Les chapitres datent du XIIIe siècle ; les versets numérotés sont l’œuvre de l’imprimeur Robert Estienne, dans son Nouveau Testament grec-latin de 1551 puis sa Bible française de 1553. Les numéros affichés dans ce parcours sont ceux de la Segond 1910, ajoutés pour permettre la comparaison.

Le texte de 1535 est-il plus proche du grec que Segond ?

Il est souvent plus littéral (« quicte noz debtes », « ont besoing de la gloire de Dieu »), mais il repose sur le grec d’Érasme, établi sur peu de manuscrits, alors que Segond, en 1880, disposait déjà de témoins plus anciens. Plus littéral ne veut pas dire plus exact ; c’est pourquoi le serveur biblique permet de mettre les deux en face du texte grec.

Peut-on lire la Bible d’Olivétan aujourd’hui ?

Oui : les fac-similés sont en libre accès (e-rara, Gallica, Internet Archive), une reproduction papier de 1535 existe en librairie, et le Nouveau Testament est lisible verset par verset via le serveur biblique de l’auteur (code OLIV1535). Ce parcours en donne un premier aperçu.

Lexique174 mots pour lire le français de 1535.

Les mots tels qu’ils apparaissent dans les passages de ce parcours (sans apostrophe, orthographe d’époque), avec leur sens. Les mêmes explications s’affichent au survol dans les textes.

abondanceabondance
accouruaccourut
adviennevienne, arrive
affinafin
aislesailes
aneauanneau
appellezappelés
aspicaspic, vipère
asseureassuré, en sûreté
aujourdhuyaujourd’hui
aymeaimé
bendelettesbandelettes, langes
besoingbesoin, manque
bonnebonne (bonne volunte = bienveillance)
cecela
certescertes, en vérité
cestecette
cestuycelui-ci
ceulxceux
cheminionsmarchions
cherronttomberont (futur de choir)
cheuttomba
chevaleriearmée (ici, l’armée céleste)
cieulxcieux
citecité, ville
clarteclarté, gloire
coeurcœur
colcou
commencerentcommencèrent
comprinsesaisie, comprise
condemnercondamner
congneuconnu
conpassioncompassion
consolezconsolés
costecôté
craingnirentcraignirent, eurent peur
creezcréés
creichecrèche, mangeoire
croyentcroient
debonnairesdoux, humbles
debtesdettes
deffendraydéfendrai
degastedévaste
destred’être
dextredroite
diceluyde celui-ci
differencedifférence, distinction
diraydirai
disansdisant
distdit
doibventdoivent
dongeondonjon, forteresse
enuelloppeenveloppé
envoyeenvoyé
esen les, dans les
escussonécu, grand bouclier
esperanceespérance
espouanteépouvante, effraie
esteété
estoientétaient
estoitétait
eulxeux
faictfait
faictefaite
faictesfaites
fidelitefidélité
filzfils
flescheflèche
foullerasfouleras
foyfoi
gardansgardant
glorifieglorifie, se vante
glorifierayglorifierai
gracegrâce
haulthaut
hurteheurtes
icellecelle-ci (pronom démonstratif ancien)
icellescelles-ci
iceluycelui-ci, celui-là (pronom démonstratif ancien)
ilzils
incontinentaussitôt
induitzinduis, conduis
irayirai
jayj’ai
jourdhuyaujourd’hui (« au jourdhuy »)
joyejoie
justifiezjustifiés
laczlacs, filet, piège
langel’ange
leonceaulionceau
leveraylèverai
liberalementgratuitement, par pure générosité
loingloin
lontl’ont
louanslouant
loyloi
lumierelumière
luytluit
lyonlion
manifesteemanifestée
manoirdemeure
mauvaisle mauvais, le malin
menermener joie = faire la fête
menonsmenons joie = faisons la fête
mercenairesouvriers payés à la journée (pas de sens militaire)
meschansméchants
mesmemême
meuému
midymidi
misericordieuxmiséricordieux
monstreraymontrerai
moultbeaucoup
nan’a
nay
netznets, purs
nostrenotre
noznos
nuictnuit
nulpersonne
nyan’y a
obscuriteobscurité
oeuvresœuvres
painspain
paisiblespacifiques, ceux qui font la paix
paovrespauvres
parolleparole
pechepéché
perissepérisse
perypéris, je meurs
piedzpieds
playeplaie
preparepréparé, préparées
quiconquequiconque
quicteremets, pardonne (quitter une dette = la remettre)
quictonsremettons, pardonnons
quilqu’il
redenptionrédemption
regionrégion, contrée
remplirayremplirai
respondrayrépondrai
retraicterefuge
retrouveretrouvé
robberobe
rondellepetit bouclier rond
sanctifiesanctifié
saoulezrassasiés
sarrestas’arrêta, se tint
sauvesauvé
sauveurSauveur
sauvezsauvés
secoureraysecourrai
senestregauche
serastu seras
serayserai
seulunique (« seul seul filz » = Fils unique)
soubdainesoudaine
soymesmesoi-même, lui-même
sussur
tabernacletente, demeure
tenebresténèbres
tesmoingneeattestée, dont témoignent
tousjoursmaisà jamais (« à toujours-mais »)
toutpuissantTout-Puissant
treshaultztrès hauts
tressouveraintrès souverain, le Très-Haut
troppeautroupeau
ungun
veillansveillant
veitvit
veneurchasseur
vestezrevêtez
voicyvoici
voluntevolonté
voyesvoies, chemins

SourcesPour aller voir.